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Le rituel du bain m’a toujours fascinée; dans l’eau, le corps se retrouve dans son élément initial, par osmose la pression s’égalise de part et d’autre de la peau, le corps glisse tout naturellement et presque sans effort suspendu entre la surface et le fond…
L’eau est symbole de renouvellement et de regénération; c’est pourquoi de tous temps le bain fut perçu comme rituel curatif. De nos jours, le phénomène du « spa » est perçu comme un luxe; souvent éloignés des villes, les établissements thermaux font figure de retraite et plus souvent qu’autrement, ces services sont offerts sous forme de forfait, c’est-à-dire que l’on doit planifier et réserver quelques jours à cet effet. La détente procurée par le bain est bénéfique contre le stress quotidien.
À Montréal, les quelques bains publics affichent un caractère privé presque anonyme. Traditionnellement, les bains publics urbains étaient réservés aux hommes, et curieusement la tradition prévaut encore aujourd’hui, mais de façon tacite. En général, Montréal offre à ses citoyens très peu d’accès public au bain et à la baignade en général; c’est pourquoi je souhaite développer une proposition de bain public s’addressant au grand public Montréalais et donc à une clientèle variée.
L’architecture du projet aura pour éléments-clés l’eau et le corps. Par les sens, fondamentalement la vue, le toucher, et l’ouie, secondairement par l’odorat, le corps découvre le batiment et les espaces en se situant par rapport à l’eau, thème principal du projet. Par une sucession spatiale et sensorielle la transition se fera des parties plus publiques du programme aux parties privées et méditatives. L’eau, ayant le potentiel d’être calme ou agitée, silencieuse ou bruyante, sera le point de référence d’une telle gradation. Intrinsèquement logique, l’eau marque l’horizontale absolue et possède une direction naturelle reliée à la topographie, qui pourra être utilisée pour marquer la transition graduelle du « public » au « privé ».
Le site est l’élément déterminant de la forme et du caractère, donc de la nature spécifique du programme. Je crois fermement que les forces naturelles d’un site, soit la topographie particulière, la forme résiduelle résultant de la formation des développements urbains, ou encore la présence d’artefacts ou de vestiges sur un site peuvent constituer les « racines architecturales » d’un projet, la raison intrinsèque liant l’architecture et l’échelle au site et au programme, au-delà du style et des contraintes.
La région choisie pour le site est l’est du Vieux-Port de Montréal, qui offre à la fois la possibilité d’évasion et l’appartenance à la zone populaire de la ville, ainsi que la fréquentation du grand public. L’accès par les différents modes de transport sera étudié plus attentivement et sera pris en compte dans le choix du site. La proximité du Fleuve Saint-Laurent et le caractère industriel de l’endroit sont des éléments contextuels importants. La présence du Fleuve, la vue et le son de ses eaux tourmentées et sales, son échelle et son ouverture spatiale auront un impact sur l’architecture. Le projet explorera de surcroit l’insertion dans le contexte industriel caractéristique par la notion de « paysage », comme se ferait l’insertion dans un contexte plus rural.
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